Chasseuses de droits

CHASSEURS D ECUME T01[BD].indd.pdf

Dans l’histoire de France, les Bretons ont vécu toutes les famines… et toutes les révoltes. Depuis des siècles, la sardine fait la pluie et le mauvais temps sur les quais de Douarnenez, dans le Finistère sud. Qu’elle déserte les côtes et la misère s’installe. Qu’elle abonde, la fortune à peine entrevue, et malheur, ce sont les prix qui s’effondrent. Dans « Les Chasseurs d’Ecume », François Debois et Serge Fino nous envoient godiller dans la pauvreté, quotidien de ces familles arrimées au blé de la mer. En 1901, Jos Gloaguen a douze ans lorsque son père l’embarque à la pêche au destin. La famille Guilcher, concurrente et mystérieusement ennemie depuis plusieurs générations, fait gicler les flots. Pour couronner le tout, la matrone Guilcher tient serrés les maillons de la conserverie Chancerelle, où la mère de Jos écaille ses petites mains sur les poissons bleus. Ce n’est pas une usine, mais une boîte de conserve serrée d’explosifs. D’injustices en réductions de paye, dans des conditions de travail dantesques, c’en est trop pour les ouvrières : la révolte de 1905 éclate et ouvre la voie à la grande grève sardinière de 1924, un mouvement violent au retentissement national, dont le slogan hante encore les coiffes bretonnes, « Pemp real a vo » : ce sera un franc vingt-cinq – le tarif horaire réclamé au patron.

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Adapté du roman « L’Epopée de la sardine », de Jean-Claude Goulart (aujourd’hui maire du Mans), l’album plante le décor sensible d’une saga régionale, historique et industrielle, bien documentée sur les techniques de pêche et les superstitions maritimes. Le dessin réaliste, fin et lumineux, restitue avec poésie l’atmosphère brumeuse de ces côtes armoricaines. Mais c’est dans la grisaille de Paris, cinquante ans plus tard, que le petit pêcheur Jos Gloaguen, devenu sexagénaire, pris entre les filets de la petite et de la grande histoire, va représenter les intérêts sardiniers de la Bretagne Sud au Comité interministériel de Gaston Deferre. Voilà qui promet des rebondissements houleux dans les trois volumes attendus de cette série. Et vous, vous prendrez bien une petite sardine à l’huile ? Ce sera un euro vingt-cinq…

M.A.G.

Les chasseurs d’écume, Debois et Fino, Glénat 2011, 48p., 13,50€

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