Delirium récompensé au festival Etonnants Voyageurs de Saint-Malo 2013

Creepy

La Bretagne qui s’y connait en Graal, druides et autres fées de Brocéliande, a décerné le Grand Prix de l’imaginaire au label Delirium pour ses deux anthologies horrifiques, "Eerie" et "Creepy".

Spécialiste de l’édition en France de comics publiés à l’étranger, notamment anglo-saxons, Delirium poursuit son ascension débutée en 2011 avec la parution de  "La Grande Guerre de Charlie", sélectionné à Angoulême en 2012 (voir nos articles sur ce blog, dans la catégorie 14-18).

EerieDe l’enfer des tranchées aux magazines d’horreur qui donnèrent le frisson entre 1964 et 1983, Laurent Lerner et son associé Serge Ewenczyk mènent leur sauvetage sous les décombres de l’oubli, là où d’autres trésors comptent sur leur flair pour les «désensevelir». Portés par le vent breton tels des fous de Bassan dopés à l’ergot de seigle, nul doute que nos deux oxygénateurs de mémoire aspirent à voler vers de nouveaux succès. Rond ou carré, chapeau bas les artistes !

Le label Delirium : http://www.labeldelirium.com/

Le festival Etonnants Voyageurs : http://www.etonnants-voyageurs.com

Publié dans Des brèves dans le vestiBulle | 2 Commentaires

Quand la machine de guerre boite, les Tommies trinquent

arton78-79036

Galvanisé par la sortie du premier volume que le Festival d’Angoulême a sélectionné, le label Delirium poursuit la publication inédite en France de Charlie’s War, feuilleton qui fit le succès du magazine Battle dans les années 1970. Engagé volontaire à 16 ans, Charlie Bourne confronte son humanité et sa candeur à l’offensive douteuse et coûteuse en hommes que l’armée anglaise lance en juillet 1916. Quelques semaines après avoir tiré son premier coup de feu, Charlie, bête de Somme, est devenu un vétéran avant l’heure et ne veut plus jouer au petit soldat. Rebelle, il doute de son propre camp face à l’inconcevable brutalité du commandement.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

La révolte transpire des uniformes lorsque Charlie refuse de participer au peloton d’exécution du lieutenant Thomas, condamné à mort pour avoir quitté des positions intenables afin de sauver la vie de ses soldats. Charlie et Ginger subissent alors la "punition de campagne numéro un" dont la cruauté le dispute au sadisme de la police militaire. A petits pas, le scénariste Patt Mills nous conduirait-il sur le chemin de la mutinerie de 1917 sur la base anglaise d’Etaples ? Seule l’apparition des tanks, surnommés par les Allemands "machine de terreur" ou "carrosse du diable" redonne un peu d’ardeur aux troupes. Scénario et dessin plus haletants que jamais, La Grande Guerre de Charlie enfonce ses ongles d’acier dans la chair de la vérité humaine, celle de 14-18.

M.A.G.

La Grande Guerre de Charlie, volume 2, Pat Mills et Joe Colquhoun, Editions Delirium 2012, 114p., 19,50€

Article publié dans Actualité de l’Histoire n°10

Publié dans 14-18, EBullition : coups de coeur | Poster un commentaire

Muñoz fête le 70e anniversaire de l’Etranger

l_etranger_-_albert_camus

Les deux frères d’art et d’exil, Albert Camus (natif d’Algérie) et l’Argentin José Muñoz, mêlent dans un beau livre le sang de leur encre et scellent une version de grande classe de l’Etranger.Le soleil inondant leurs pays d’origine et leurs identités au-delà des frontières ont tissé un lien de parenté artistique qui enlace leur talent comme une évidence. José Muñoz n’a-t-il pas vu le jour en 1942, l’année de parution de l’Etranger ? Ne fêtent-ils pas en commun l’anniversaire de leurs 70 printemps en 2012 ? Les éditions Futuropolis, filiale de Gallimard – qui publia en son temps les romans de Camus -, profitent de cette occasion pour raviver les souvenirs. Albert Camus entre dans la légende en 1957, lorsqu’il reçoit le prix Nobel de littérature pour l’ensemble de son œuvre. Dans les années 1970, José Muñoz, immigré en Europe pendant la dictature militaire de Videla, trouve alors dans l’Etranger des repères à son exode.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Pour le meilleur, Futuropolis les unit dans un creuset où le trait de Muñoz se fond avec le chef d’œuvre de Camus. Les dessins en noir et blanc apposés comme des négatifs de photographies solarisées embrasent le papier du soleil ardent de l’Algérie et projettent en pleine lumière l’absurdité de la condition humaine. La figure ravinée du héros, l’étranger à lui-même, Meursault, s’inspire du physique de Camus. Les ombres profondes de Muñoz offrent un écrin à la solitude des personnages.Seul le juge prononçant la peine capitale présente un visage immaculé de blancheur mortuaire. L’intelligence graphique de Muñoz et le génie littéraire de Camus fusionnent dans cette réédition exceptionnelle que Gallimard et Futuropolis encrent à jamais dans l’histoire de la littérature et de la bande dessinée.

M.A.G.

Article publié dans Actualité de l’Histoire n°11.

L’Etranger, Albert Camus, José Muñoz, Futuropolis 2012, 144 p., 22€

Image | Publié le par | Poster un commentaire

La double peine d’un fils de déporté

album-cover-large-15782

En couverture de l’album, un jeune homme marche d’un bon pas sur une gigantesque calotte de déporté en forme de piédestal, son carton à dessins sous le bras, comme s’il sortait d’Auschwitz, dont l’ombre sinistre raye l’horizon. Dans Deuxième génération, Michel Kichka tourne les pages d’un album de famille où son père, Henri, survivant des camps, reste à jamais prisonnier de la Shoah. Bien plus que son épouse, la Shoah demeure la compagne totalitaire d’Henri, celle qui gouverne sa mémoire, ses pensées et ses actes, celle qui s’interpose entre lui et le monde, entre lui et ses quatre enfants. Alors, quand le temps s’arrête le jour d’une arrestation et qu’un traumatisme bloque les fonctions psychiques pendant trois années d’internement, qui aura l’affront de reprocher à Henri de tout mesurer à l’aune de sa souffrance?

Ce diaporama nécessite JavaScript.

A cause de l’indicible, impossible à transmettre, Michel Kichka a subi avec ses sœurs et son jeune frère bientôt suicidé, la double peine de n’avoir pu s’épanouir dans les nécessaires révoltes à l’autorité familiale. Pour ne pas faire souffrir ses parents, il s’est tu. Avec Deuxième génération, après dix ans d’hésitation, l’illustrateur et professeur aux Beaux Arts de Jérusalem, ose tirer les fils de sa propre résilience. D’un trait lucide et tendre, portant à la lumière les non-dits d’une Shoah métastasée aux quatre coins de son existence, Michel Kichka se réapproprie son passé. Un chef d’œuvre !

Claude Godfryd

Deuxième génération, ce que je n’ai pas dit à mon père, Michel Kichka, Dargaud 2012, 104p., 17,95€

Article publié dans Actualité de l’Histoire n°9

Publié dans EBullition : coups de coeur | Poster un commentaire

Deux âmes soeurs dans la Grande Guerre

Croyait-elle que le Seigneur la protégerait des shrapnels allemandes ? Elle savait pourtant que sous un déluge de fer et de flammes, un carré de missel offre un abri bien dérisoire. Infirmière volontaire de la Société de Secours aux Blessés Militaires, en 1916, Sœur Isabelle des Martyrs de la Foi a le courage, comme tant d’autres siamoises du Bon Dieu, de quitter l’enceinte protectrice de son cloître afin de s’exposer aux dangers de la Grande Guerre. Par charité, par patriotisme, par compassion, par désir de se rendre utile et parce qu’elle porte en elle l’amour de son prochain, elle monte en première ligne pour soulager les souffrances des blessés… ou les aider à mourir. Maigre pansement sur les plaies à vif des tranchées. Ce vain sacerdoce qu’elle partage avec Louis Bouteloup, médecin major du service de Santé des Armées, liera indéfectiblement leurs destins. Affecté à l’ambulance hippomobile n°13, Louis reçoit dès le premier jour un double baptême du feu en tant que diplômé et officier.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Par un froid à fendre pierre, Louis et Isabelle se rencontrent dans un cimetière. Que leurs visages sont lisses et frais, ne portant pas encore les cernes qui noircissent les traits des combattants. La cornette de Sœur Isabelle rehausse l’éclat de ses yeux clairs. Louis, qui tente de dissimuler ses angoisses de guerrier débutant, se donne de l’assurance par une barbichette rousse qu’encadrent de légers favoris. Le manteau de neige qui couvre les tombes et les croix a la blancheur aussi immaculée que le silence. Mais un bombardement ne laissera pas le temps à nos deux belles âmes d’échanger un coup de foudre. Si chacun a reconnu en l’autre la volonté de faire triompher la vie sur le champ de bataille, c’est surtout le besoin de lutter pour sauver des pauvres bougres qui les anime, pas la soif de combattre l’ennemi. Un tel péché d’humanisme se paie cher en ces quatre années de conflit total. Accusé de trahison pour avoir pris langue avec le lieutenant prussien Pfeifferberg et conclu une heure de trêve afin que les brancardiers rapatrient dans leur camp les petits restes de vie qui résistaient encore, Louis Bouteloup est mis aux arrêts de rigueur. Il ne sortira de prison que grâce aux amitiés politiques de son député de père, et par l’intercession de Sœur Isabelle auprès du commandant Garnier.

Dieu s’éloigne un peu plus chaque jour des tranchées. Malgré leur attirance meurtrie, Louis et Isabelle sont sœur et frère de lait nourris au sein de la guerre : ils pansent, désinfectent, anesthésient, raccommodent, amputent, soulagent. Quand un soldat s’en tire, ils échangent un regard complice, rare éclipse d’humanité dans cet univers barbare. Sœur Isabelle, qui avait prononcé ses vœux pour échapper aux contingences d’ici-bas, risque de dénouer les liens de sa vocation pour s’attacher définitivement aux amours bien terrestres du médecin major. Ainsi s’écoulent les sentiments interdits et les jours sombres au poste de l’Ambulance 13, qui donne son nom aux deux albums magistraux publiés par Grand Angle. Alliant un dessin classique à des textes millimétrés au bistouri, les auteurs Cothias, Ordas et Mounier rendent un élégant hommage au dévouement des services de Santé ainsi qu’à la majorité martyre qui faisait la guerre sans la désirer. Brillamment adapté du roman écrit à quatre mains par les deux scénaristes Cothias et Ordas, le prochain tome de L’Ambulance 13 nous dira si les âmes sœurs finissent par se trouver quand elles savent s’attendre.

M.A.G

L’Ambulance 13, T1 et 2, Cothias, Ordas et Mounier, Editions Bamboo/Grand Angle 2012, 13,50€.

A lire  : "1914-1918 : combats de femmes – Les femmes, pilier de l’effort de guerre", notamment le chapitre consacré aux infirmières (Les anges blancs : naissance difficile d’une profession féminine), Dirigé par Evelyne Morin-Rotureau, Editions Autrement.

Publié dans 14-18, EBullition : coups de coeur | Poster un commentaire

Le mariage du pinceau et de la plume

album-cover-large-15983

Enjambant la Seine de son ruban d’encre et de gouache, le pont des Arts relie l’Académie française à la Cour carrée du Louvre. Chaque jour, il transporte les amoureux à la charnière du couple bouillonnant qu’illustrent la peinture et la littérature. Par un frais matin de printemps, Catherine Meurisse a-t-elle attaché, elle aussi, un cadenas aux croisées de fer et de bois des rambardes pour sceller à jamais sa passion des arts ? Après Mes Hommes de lettres paru en 2008 où elle livrait une anthologie personnelle des écrivains français depuis le Moyen-Âge, la dessinatrice de Charlie Hebdo ouvre les portes de son nouveau musée.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Sur Le Pont des Arts se rencontrent peintres et écrivains empruntant la passerelle à double sens de la poésie et de l’image. Des salons de Diderot aux correspondances peu académiques de George Sand avec Delacroix, de l’amitié de Cézanne bafouée par Zola aux mystérieuses connivences entre Balzac et Picasso, en passant du côté de chez Proust et des tableaux d’Elstir, l’auteur accompagne d’anecdotes croustillantes le cocktail du troisième et du cinquième art servi dans l’histoire et les salons. Du XVIIIe au XXe siècle, au fil de neuf épisodes au rythme effréné, la plume et le pinceau mènent la noce. Panachant une esthétique proche du dessin de presse avec des textes pétillant d’humour, Catherine Meurisse pimente un bouillon de culture dont l’alchimie enflammera autant les érudits que les jeunes lecteurs avides de curiosité.

M.A.G.

Le Pont des Arts, Catherine Meurisse, Editions Sarbacane 2012, 109 p., 19,90€.

Article publié dans Actualité de l’Histoire n°10

Publié dans EBullition : coups de coeur | Poster un commentaire

Les parois des grottes ont la parole

L'art préhistorique en BD

« Avant, j’étais allergique à la préhistoire », susurre notre petite voix intérieure, mais c’était avant, avant de refermer cet album. La préhistoire ? Une période sans batailles fracassantes, sans uniforme flamboyant, sans personnage intrépide. La profondeur du temps préhistorique déstabilise nos perceptions quand on s’éloigne de nos ancêtres connus. Avec « L’art préhistorique en bande dessinée », plus d’un lecteur remisera dans ses cahiers scolaires son « épidermie » pour les Neandertal, Cro-Magnon et autres Sapiens. Dessinateur spécialisé dans l’illustration paléolithique, Eric Le Brun éclaire les splendeurs de l’art pariétal, ces dessins aveuglants de modernité, ornant les parois des grottes souterraines (notamment celle de Chauvet dans ce premier volume) vers – 35 000 ans.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Ici réside la force de l’ouvrage : surprendre le lecteur, dépoussiérer sa vision de l’homme préhistorique. Pourquoi les artistes de la première heure exposaient-ils sous terre ? Totémisme, chamanisme, utilitarisme lié à la chasse, mythologie et symbolisme, sexualité : depuis les années 60, les tentatives d’explications se sont succédées sous les puissantes bannières de spécialistes comme Max Raphaël, Henri Breuil, Jean Clottes ou André Leroy-Gourhan, sans que l’une de ces théories ne fasse l’unanimité. Nos schémas d’analyse sont-ils décalés par rapport à ces œuvres dont l’esthétique nous interpelle ? Notre grille de lecture d’hommes du XXIe siècle nous permet-elle de tourner la clé de la compréhension dans la serrure de l’art préhistorique ? Une sarabande de mystères qu’Eric Le Brun déroule dans la caverne d’Ali Baba de « L’art préhistorique en bande dessinée ». Un album réaliste au profit d’un exposé didactique et pédagogique qui nous réconcilie avec la Préhistoire.

M.A.G.

L’Art préhistorique en bande dessinée, Eric Le Brun, Glénat 2012, 40p., 5€

Site de l’auteur Eric Le Brun : http://elebrun.canalblog.com/

Article publié dans Actualité de l’Histoire n°9

Publié dans EBullition : coups de coeur | Poster un commentaire